Comment parler à la nouvelle maîtresse de votre enfant DYS ou TDAH ce qu'il ne peut pas dire lui-même
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3-10 ans · Communication école-famille
Comment parler à la nouvelle maîtresse de votre enfant DYS ou TDAH ce qu'il ne peut pas dire lui-même
⏱ Lecture : 6 minutes · ~1 350 mots · Publié le 27 août 2026
Elle avait 7 ans. Le premier matin, la maîtresse lui a demandé de se présenter devant la classe. Elle a regardé ses chaussures et n'a pas dit un mot.
Pas parce qu'elle était timide. Parce que ce qu'elle aurait voulu dire "je lis lentement mais je comprends tout, les bruits forts me font mal, et j'ai besoin qu'on me répète les consignes"; elle n'avait pas encore les mots pour le formuler. Ces mots-là, personne n'avait pensé à les dire pour elle avant que l'année commence.
En résumé :
Un enfant DYS ou TDAH ne peut pas expliquer lui-même ce dont il a besoin à un adulte qu'il ne connaît pas encore. Ce travail, c'est celui du parent avant la rentrée, pas après. Une fiche de fonctionnement d'une page, remise à l'enseignant avant le 1er septembre, change la dynamique de toute l'année.
Dorine, Do'Dys — dodys.fr
Dans cet article
Pourquoi la première impression compte double pour un enfant atypique
Je m'appelle Dorine. Je suis DYS depuis l'enfance mon frère et mon père le sont aussi. Ce dont je me souviens le mieux, ce ne sont pas les cours que je n'arrivais pas à suivre. Ce sont les enseignants qui, sans me connaître encore, avaient déjà une image de moi. Parfois juste. Parfois complètement fausse.
La recherche en psychologie éducative le documente depuis des décennies : la perception qu'un enseignant a d'un élève dans les premières semaines influence durablement la façon dont il interagit avec lui. Ce n'est pas une faute, c'est un biais cognitif naturel, le même qui nous fait tous former des impressions rapides. Mais pour un enfant atypique, ce biais peut partir dans la mauvaise direction très vite.
Un enfant DYS qui peine à écrire rapidement peut paraître paresseux. Un enfant TDAH qui se lève trois fois dans la matinée peut paraître indiscipliné. Un enfant TSA qui ne répond pas quand on l'appelle peut paraître insolent. Aucun de ces jugements n'est vrai mais ils peuvent s'installer en quelques jours si personne n'a donné à l'enseignant les clés pour comprendre ce qu'il observe.
C'est la proportion d'enfants dyslexiques dans chaque classe. Un enseignant qui n'a pas été briefé sur votre enfant en particulier n'a aucun moyen de savoir, dans les premières semaines, si les difficultés qu'il observe sont neurologiques ou situationnelles.
Vous pouvez changer ça avant même que l'année commence. C'est exactement le rôle de la fiche de fonctionnement.
Le piège du diagnostic annoncé et ce qui fonctionne mieux
Voici ce que font la plupart des parents : ils arrivent à la réunion de rentrée et annoncent le diagnostic. "Mon fils est TDAH." "Ma fille a une dyslexie diagnostiquée." L'intention est bonne. Le résultat est souvent décevant.
Pas parce que l'enseignant s'en moque. Parce qu'un diagnostic seul ne lui dit pas quoi faire le lundi matin. TDAH, dyslexie, TSA ce sont des catégories qui recouvrent des profils extrêmement différents. Deux enfants dyslexiques n'ont pas les mêmes difficultés ni les mêmes besoins. Le diagnostic est un point de départ, pas un mode d'emploi.
✗ Ce qui ne suffit pas
"Mon fils est TDAH." L'enseignant sait maintenant qu'il y a un trouble mais ne sait pas comment l'aider concrètement ni ce qui peut déclencher une crise.
✓ Ce qui est utile
"Il a besoin d'une consigne à la fois, dite calmement. Les bruits forts le déstabilisent. Sa passion, c'est les dinosaures." L'enseignant peut utiliser ça dès le premier jour.
Ce n'est pas l'étiquette diagnostique qui aide l'enseignant, c'est la description concrète du fonctionnement de votre enfant. Et cette description, c'est vous qui la portez mieux que n'importe quel bilan clinique.
La fiche de fonctionnement ce qu'elle contient et comment la rédiger
Une page. Pas trois. Une page que l'enseignant peut lire en cinq minutes et garder dans son bureau. L'objectif n'est pas l'exhaustivité, c'est l'utilisabilité immédiate.
Les 5 rubriques de la fiche
Ce qui peut le déstabiliser
Les déclencheurs concrets que vous avez observés : changement d'activité non annoncé, bruit fort et soudain, être mis en avant devant le groupe, attendre sans savoir combien de temps. Pas la liste complète, les deux ou trois plus fréquents.
Ce qui l'aide à se calmer ou à se recentrer
Un espace calme, un objet de réconfort autorisé, une consigne simple et directe, une courte pause. Ce que l'enseignant peut faire pas ce qu'il devrait idéalement faire dans un monde parfait.
Sa ou ses passions
Les dinosaures, les trains, le dessin, Minecraft. Ce que l'enseignant peut utiliser comme levier de motivation ou de reconnexion après un moment difficile. Une des informations les plus précieuses qu'on donne trop rarement.
Comment lui donner une consigne efficace
Courte. Directe. Une seule à la fois. En s'assurant qu'il a regardé avant de parler. En attendant qu'il répète pour vérifier la compréhension. Ce format simple, s'il est adopté dès les premiers jours, évite la plupart des malentendus coûteux.
Un signe que ça ne va pas avant que ça explose
Le comportement que vous avez appris à reconnaître : il se tortille sur sa chaise, il répète la même phrase, il regarde ses mains, il se met à parler très vite ou au contraire devient silencieux. Ces signaux précoces, connus de l'enseignant, permettent une intervention avant la crise — pas pendant.
La fiche peut être manuscrite ou tapée — ce qui compte, c'est qu'elle soit lisible, courte, et qu'elle arrive à l'enseignant avant le 1er jour de classe, pas pendant la réunion de rentrée bondée de parents.
Si votre enfant a un timer visuel ou un marque-page coloré qu'il utilise déjà à la maison, vous pouvez le mentionner dans la fiche et demander que l'enseignant l'autorise en classe. Un timer visuel posé discrètement sur le coin du bureau permet à l'enfant d'anticiper les transitions sans solliciter l'enseignant — ce qui est bénéfique pour les deux.
Les mots exacts pour la réunion de rentrée
La réunion de rentrée est bruyante, collective, chargée. Ce n'est pas le bon moment pour une conversation approfondie sur votre enfant. C'est le bon moment pour poser deux fondations : vous faire connaître, et demander un rendez-vous.
À la réunion de rentrée, en 30 secondes :
"Bonjour, je suis la maman/le papa de [prénom]. Il/elle a un profil DYS et TDAH, j'ai une petite fiche d'une page sur son fonctionnement que j'aimerais vous donner. Est-ce que je peux vous l'envoyer par mail ou la déposer à l'école cette semaine ?"
"Est-ce qu'on pourrait prévoir 15 minutes pour qu'on en parle rapidement, en dehors des heures de cours ?"
Ce ton posé, concret, sans urgence est très différent de celui du parent épuisé qui arrive avec dix ans de combat scolaire condensés en cinq minutes. Il positionne la conversation comme une collaboration, pas comme une demande de traitement spécial.
Au rendez-vous les 3 questions à poser
Ne pas faire une liste de demandes. Poser des questions ouvertes qui invitent l'enseignant à réfléchir avec vous plutôt qu'à se défendre contre vous.
Ce que vous pouvez dire au rendez-vous :
"Est-ce qu'il y a des moments dans la journée où vous avez observé quelque chose de particulier chez lui/elle ?"
"Qu'est-ce qui vous aiderait le plus à l'accompagner cette année ?"
"Comment est-ce qu'on peut faire le point ensemble régulièrement un mail par mois, un cahier de liaison ?"
Ces trois questions transforment le rendez-vous en conversation à deux. L'enseignant n'est plus en position d'être évalué ou accusé, il est invité à contribuer. La plupart répondent avec soulagement.
À savoir :
Tous les enseignants ne répondront pas de la même façon. Certains accueilleront la fiche avec intérêt d'autres seront plus réservés, débordés, ou peu formés aux profils atypiques. Si votre enfant a un PAP, les aménagements sont légalement contraignants et ne dépendent pas de la bonne volonté de l'enseignant. Si vous n'en avez pas encore, la rentrée est le bon moment pour en faire la demande auprès du médecin scolaire. Notre guide sur les aménagements scolaires pour enfants DYS et TDAH vous explique comment.
Questions fréquentes
Doit-on parler de la dyslexie ou du TDAH à l'enseignant dès la rentrée ?
Oui mais en commençant par le fonctionnement, pas le diagnostic. L'étiquette diagnostique seule ne dit pas à l'enseignant quoi faire concrètement. Une fiche de fonctionnement d'une page (déclencheurs, ce qui aide, centres d'intérêt, mode de communication) est bien plus utile qu'un compte-rendu médical complet.
Que faire si l'enseignant ne tient pas compte de la fiche de fonctionnement ?
Demander un rendez-vous en début d'année pour faire le point. Si votre enfant a un PAP ou un PPS, les aménagements sont légalement obligatoires — vous pouvez relancer en mentionnant le cadre légal sans agressivité. Si les difficultés persistent, le directeur d'école ou l'enseignant référent MDPH peut intervenir comme médiateur.
Comment expliquer à son enfant ce qu'on va dire à la maîtresse ?
Avec des mots simples et positifs : "Je vais expliquer à ta maîtresse comment tu apprends le mieux, pour qu'elle puisse t'aider de la bonne façon." Impliquer l'enfant dans la rédaction de la fiche"qu'est-ce qui t'aide quand c'est difficile ?" renforce sa conscience de ses propres besoins et le sentiment d'être entendu.
Un enfant TSA peut-il aussi bénéficier d'une fiche de fonctionnement en classe ?
Oui, et souvent encore plus que d'autres profils. Les enfants TSA ont des particularités sensorielles, des modes de communication et des besoins de routine très spécifiques que les enseignants non formés peinent à identifier seuls. La fiche de fonctionnement est d'autant plus précieuse que l'enfant ne peut pas toujours verbaliser lui-même ce qui le perturbe.
Rédigé par Dorine, fondatrice de Do'Dys — DYS depuis l'enfance, issue d'une famille DYS. Chez Do'Dys, chaque recommandation vient d'un vécu réel.
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